Canalblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Résistance et transition
Publicité
7 janvier 2019

De l'histoire subjective des indésirables (ou quand l'Etat ne comprend rien)

[Ce texte est rédigé en écriture inclusive, c'est-à-dire non sexiste comme l'est, par essence, la langue française. Le féminin intervient après un point car il n'est pas une parenthèse. "Il" devient "ielle", "lui" devient "ellui", "eux" devient "elleux", "ceux" devient "celleux" afin de briser l'académique masculin dominant.]

COMPETITION POUR L'EVACUATION

A l'automne 2016, je me trouvais sur la ZAD de Notre-Dame des Landes. Des menaces d'évacuation lourdes pesaient alors sur les occupant.e.s de la zone. Cela m'avait amenée à rester après un chantier de construction car j'étais fortement déterminée à voir et comprendre ce qui allait se passer. A la même époque, une menace d'évacuation planait aussi sur un autre endroit en France où vivaient des personnes que l'Etat ne voulait plus non plus voir là : la jungle de Calais.
Puisqu'il fallait dans un cas comme dans l'autre mobiliser un nombre impressionnant de gardes mobiles pour intervenir et faire "place nette", il s'agissait pour le gouvernement de choisir. Choisir qui était le plus indésirable. Et en ce temps, Hollande et ses sbires ont choisi. Ils ont démantelé la jungle, "jangal" c'est-à-dire la forêt (en persan et pashto).

De là est apparu pour moi de façon inextricable ce lien invisible qui relie les opposant.e.s politiques de l'Etat, les écologistes, les anarchistes, les activistes, les "Français indésirables" avec les exilé.e.s, qu'ielles soient soudanais.e.s, afghan.e.s, rrom.e.s ou guinéen.ne.s. Celleux en somme qui vivent dans la "forêt", qui la défendent, ou du moins le voudraient s'ielles n'étaient pas menacé.e.s, ce faisant, dans leur intégrité physique et morale, citoyenne, celleux qui construisent des façons de vivre parallèles au système étatique par volonté ou contrainte.

Car tou.te.s sont les indésirables d'un Etat qui ne considèrent pas ces vies car il ne comprend pas leurs motivations, leurs valeurs, ce qui les meut. Considération invisible aux yeux d'une opinion publique qui n'a accès qu'au discours lissé et politiquement correct des BFM et consort.

De là, j'ai compris que la lutte pour les arbres et la Vie et la lutte pour la dignité des exilé.e.s et le respect de leur projet de vie était quelque part la même. J'ai décidé d'embrasser les deux d'un même voyage car la nature et les être humains sont opprimé.e.s par le capitalo-patriarcat comme une même unité. Pour une raison simple, ils sont la même essence.

FAIRE PLACE NETTE

La réponse de l'Etat à une occupation est toujours l'expulsion. Comme si faire place nette était plus important que laisser chacun vivre selon ses valeurs, là où ielle s'est établi.e, où ielle essaye tant bien que mal de constituer une communauté, et surtout comprendre pourquoi ielle est là et agir sur les causes. Car il y a toujours une raison.
Plutôt que d'accompagner, d'extraire progressivement, d'essayer de comprendre les cas individuels, la vie commune qui se crée, on amène des camions de CRS, en nombre. Et on évacue, on détruit, on ne cherche même pas à comprendre si la personne a ici des affaires personnelles, une vie qui s'était établie. Pour le retour de l'ordre, à tout prix, y compris celui de l'ignominie. Ainsi, on a fait dormir des enfants dans une jungle en feu plutôt que de les protéger dans des containers, on s'est mis à chasser les gens comme du bétail dans des centres villes et des trains, on a tiré des milliers de grenades dans un bocage, on a gazé des vaches laitières. "On", c'est celle, celui qui ne fait "que son travail". Cellui qui, quand on lui demande ce qu'ielle en pense, "n'en pense rien", "suit les ordres".

A l'automne 2017, nous essayions, avec les copain.e.s, d'empêcher l'abattage de dizaines d'arbres centenaires d'une place, près de là où vivent mes parents, pour la construction d'un édifice culturel neuf alors que l'ancien pouvait être rénové. Sans succès aucun. La police est arrivée pour défendre les machines de mort et les hêtres sont tombés en quelques heures. Le lendemain, le quotidien local titrait comme pour se moquer, à côté de l'article de l'échec des "zadistes berruyers", un très éloquant "les oiseaux des villes disparaissent". Pauvre monde. Mais la place est nette, croyez-moi. C'est bien propre à présent.

Comme en écho, à l'automne 2018, une forêt disparaît à nos portes. Près de Paris, à Romainville. Huit hectares de vraie forêt, pas une plantation en ligne d'essences choisies, une vraie forêt, qui meurt pour se transformer en îlot de loisirs... Ca se passe aujourd'hui et celleux qui luttent contre ce projet mortifère sont inquiété.e.s par les autorités. Comme à une autre échelle celleux du Triangle de Gonesse qui protègent en Île-de-France des terres, parmi les plus fertiles du monde, de la bétonisation en un fantastique centre commercial de nouvelle génération, Europacity, avec piste de ski en intérieur (plus besoin d'aller à Dubaï pour subir l'aberration), un projet du groupe Mulliez (vous n'avez jamais entendu ce nom et pourtant c'est Auchan, Decathlon, Kiabi, Leroy-Merlin et beaucoup d'autres enseignes), une famille qui semble avoir besoin d'argent...


CELLEUX DE LA FORÊT

Si aujourd'hui, les campements se reconstituent toujours, que les zads fleurissent partout, c'est que l'Etat faillit à comprendre. Il ne peut comprendre les motivations de quelqu'un.e qui a risqué sa vie en Méditerranée, qui a subi mille sévices, qui est parti.e rejoindre un être cher. Il ne comprend pas qu'il ne s'agit pas du nombre de sévices, d'humiliations subies, ou du nombre de fois où la personne se verra confisquer ses affaires, ses papiers d'identité, ses chaussures, lacérer sa tente, gazer sa couverture en plein hiver, réveiller en pleine nuit à coup de pied dans le visage, tout cela par notre respectable police, par nos belles compagnies républicaines de sécurité aux propos néonazis assumés. Il ne comprend pas que cette personne ne peut abandonner, car d'autres comptent sur ellui.

L'Etat ne comprend pas davantage cellui qui, mû par l'amour et par l'espoir en un avenir tangible, où il reste des arbres, un air respirable et des rivières, construit une cabane pour empêcher un chantier d'aménagement routier, d'enfouissement de déchêts nucléaires, d'agrandissement d'une mine de charbon, alors qu'une place douillette l'attendait en ville, alors qu'un emploi "respectable" lui était accessible au prix de l'esclavage du salariat. Ellui non plus ne partira pas si facilement, car ielle sait l'enjeu de ses actes.

Je les aime tout autant car ielles sont de la même nature, du même bois. Ce sont celleux de la Forêt. Et si l'appareil étatique, la machine à broyer administrative, le politique "lobbytomisé" ne peut les comprendre, nous, nous le pouvons. Nous pouvons les aider. Nous pouvons être elleux. Chacun.e d'entre nous, sera tôt ou tard de celleux de la Forêt, indésirable au système car vivant.e, sentient.e.

Résistant.e ou mort.e.

Publicité
Résistance et transition
  • Ne vous y trompez pas ! Le colibri de la fable ne trie pas ses déchets, il ne prend pas des douches plus courtes, il ne fait pas du covoiturage, il utilise la totalité de son énergie vitale pour éteindre l'incendie dans la forêt qu'il aime. Soyons uni.e.s.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité